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« On m'a reproché de travailler en solitaire. Mais c'était pour valoriser l'association. L'expérience aidant, les nouveaux feront la même chose. », affirme Étienne Le Guilcher. : Archives Béatrice Le Grand.Il incarnait depuis 2001 le combat des victimes de l'amiante à Brest. Étienne Le Guilcher vient d'être débarqué de la présidence de l'Association départementale de défense des victimes de l'amiante, l'Addeva. Mis en minorité, il a dû s'effacer. Jusque-là vice-présidente, Jeanine Guiziou se trouve désormais à la tête de l'association.
Étienne Le Guilcher l'admet, le résultat a constitué un « choc ». « Cela m'a coupé le souffle. J'étais un peu sonné. Maintenant, j'ai repris du poil de la bête. » La vie continue. Le combat en faveur des victimes de l'amiante, aussi.
L'amiante, cela fait un bail qu'Étienne Le Guilcher vit avec. Mécanicien dans la Marine nationale pendant dix-huit ans, il a connu les chaufferies « pleines d'amiante » de l'escorteur d'escadre Casabianca. Puis celles du porte-avions Clemenceau, tout aussi garnies de matelas tissés avec la fibre cancérigène.
Asbestose
Ensuite, pendant 22 ans, Étienne Le Guilcher travaille dans le civil, à la Compagnie française d'exploitation thermique (devenue Elyo). Il est chargé de l'entretien des chaufferies dans les immeubles HLM, dans les grandes entreprises brestoises et à l'Arsenal. Là aussi, l'amiante ne manque pas.
Ses problèmes pulmonaires débutent en 1974. Les médecins les mettent alors sur le compte de la tuberculose. En 1996, un scanner révèle une asbestose, maladie due à l'amiante. Les poumons sont atteints. Une toux persistante en atteste.
En 1999, Étienne Le Guilcher se trouve aux côtés de Francis Tallec quand l'Association de défense des victimes de l'amiante voit le jour. « L'idée venait du toxicologue Henri Pézerat, chercheur au CNRS. Il pensait que les victimes de l'amiante devaient se regrouper pour se faire entendre des pouvoirs publics. »
En 2001, Francis Tallec passe le relais à Etienne Le Guilcher. « Il estimait que j'étais mieux placé que lui pour présider l'association en tant que malade de l'amiante. »
Le syndicaliste CGT ne lui cache pas que le poste n'est pas une sinécure. « Tu vas atteler à une tâche énorme, m'a-t-il dit. En ajoutant : tu vas aussi t'attirer des jalousies. »
1 400 adhérents
Etienne Le Guilcher accepte. Il ne vient pas d'un horizon politique ou syndical déterminé. Il croit plutôt aux vertus de l'engagement associatif pour « rendre service aux opprimés ». Avec énergie, il va animer les permanences de l'Addeva. Il conseille les victimes sur les démarches à faire. En sept ans, il aide à débrouiller quelque 1 000 dossiers. Il inaugure le siège actuel de l'association, situé 6 rue Traverse.
L'Addeva compte aujourd'hui 1 400 adhérents. Régulièrement, elle met les pouvoirs publics et la Justice en face de leurs responsabilités. Etienne Le Guilcher n'hésite à s'exprimer dans la presse quand il estime que les choses ne vont pas assez vite.
Malgré tout, n'en fait-il pas un peu trop ? Ne prend-il pas trop souvent des initiatives sans en informer les autres membres de l'association ? Etienne Le Guilcher balaie les critiques. « On m'a reproché de travailler en solitaire. Mais c'était pour valoriser l'association. L'expérience aidant, les nouveaux feront la même chose. »
À bientôt 70 ans, Étienne Le Guilcher pourrait dételer. Estimer qu'il a rempli son contrat. « J'ai donné le maximum », admet-il. Pourtant, il n'envisage pas de quitter le navire. Il reste membre du conseil d'administration de l'Addeva. « Je ne me fâcherai pas. Je sais qu'ils auront besoin de moi. »
Étienne Le Guilcher estime qu'il peut encore servir la cause des victimes de l'amiante. « Je ne suis pas à la recherche des honneurs. Je suis surtout à la recherche de solutions pour les malades comme moi. »
Olivier MÉLENNEC.
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