En Tchéquie, une ville qui s'appelle Brest
A 1 952 km exactement de Brest (Finistère), une petite ville tchèque porte le même nom que la cité du Ponant. Ça donne envie d'y aller voir. Reportage.
Pour arriver à Brest , en Moravie du sud, dans la pointe de la Tchéquie qui s'enfonce entre la Pologne et la Slovaquie, on traverse la France d'ouest en est, le sud de l'Allemagne à travers la Bavière, puis, la frontière avec la Tchéquie franchie, on roule encore vers l'est, au long d'une autoroute qui longe Pilsen (célèbre pour ses bières), Prague (enfin, ses banlieues), Brno la deuxième ville du pays.
On passe au large de Slavkov que tous les Français connaissent sous le nom d'Austerlitz, la fameuse bataille gagnée par Napoléon en décembre 1805 (des compatriotes viennent encore célébrer l'événement chaque année !). La route traverse des plaines à blé plutôt monotones et des villages endormis pour arriver à la B-est tchèque.
Petit crachin « brestois »
Pas de dépaysement. En cet après-midi de juillet 2008, un petit crachin « brestois » tombe sur le village. Trois adolescents font tourner leurs mobylettes sous un abribus. Le chantier de l'école s'est arrêté. Le village s'étire de part et d'autre de la rue centrale aux maisons plutôt coquettes. La vie se concentre autour de la « Radnice », maison commune qui abrite aussi bien le café local que le bureau de poste et la mairie où Marie Zavadilovà, la « starostka obce », tient une réunion avec quelques administrés.
« B-est, c'est un vieux village », explique-t-elle. Le premier écrit qui atteste de son existence date de 1131. « Et combien d'habitants il y a chez vous - 150 000 - Ici, on est à peine 1 000. C'est tout petit. » Tout petit, peut-être (1 079 ha), mais actif à en croire la vitalité des équipes sportives qui s'entraînent dans le stade et ont fièrement recouvert la photo de l'équipe de foot avec l'inscription : « We are the champions. »
Brest, ça veut dire « orme »
Actif aussi à voir la reconstitution d'une grande bataille qui a opposé les troupes russes aux troupes allemandes en 1945, qui a nécessité de réunir force hommes et matériels il y a quelques semaines. En quelque sorte le « Brest 2008 » de ce B-est tchèque qui s'illustre régulièrement dans les compétitions locales entre villages.
Dans la petite salle municipale, à l'abri de la pluie, en dégustant du vin tchèque produit pas loin (pas mauvais du temps), on évoque en anglais - le tchèque est une langue difficile - la toponymie du lieu : « Le nom du village vient de l'orme (en tchèque bristek) qui était très abondant dans le village autrefois. » Il y a d'ailleurs un orme sur les armoiries de la commune, ainsi que deux coquilles saint-jacques. Mais c'étaient les attributs du saint patron de la paroisse. Aujourd'hui encore, l'église construite entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIIe siècle, le presbytère en face, et l'école qui date de 1906 constituent le coeur du village.
En dégustant du vin tchèque produit dans les collines de Moravie, on parle des autres « Brest » d'Europe de l'Est, dont le nom vient toujours de l'orme, que ce soit en Biélorussie avec Brest-Litovsk, en Slovénie ou en Croatie. Sans doute aussi pour le Brest bulgare.
« Quoique les Celtes sont passés par là », fait observer Bernard Tanguy, chercheur au Centre de recherche bretonne et celtique et auteur, entre autres, de deux ouvrages qui font référence sur la toponymie bretonne, Les noms de lieux bretons, toponymie descriptive, et Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère.
Un mot de cinq lettres
« En ce qui concerne Brest d'ici, ça vient du mot celtique « Bré », « briga » en gaulois qui veut dire hauteur, éminence, ce qu'on retrouve dans le Mené-Bré. Il y aussi une vie de Saint-Rioc qui parle du roi de Brest, Bristoc, autrement dit le Brestois. On trouve encore ce Bristoc dans la vie de Saint-Budoc. »
Bernard Tanguy poursuit : « En toponymie, il ne faut pas travailler sans filet, trouver des références dans les textes anciens et travailler sur les formes anciennes des noms. » Pas de roman à se faire donc, aucun lien entre l'orme tchèque et le roi brestois. Juste le hasard de cinq lettres réunies. Et le plaisir du voyage...
Josiane GUÉGUEN.
(qui y est allée !)
Ouest-France