Christian Papinot et Alain Vilbrod, sociologues à l'UBO, veulent comprendre les raisons du rapide retour au pays de jeunes Français émigrés au Québec. Le Québec, province francophone du Canada, est historiquement une terre d'immigration pour les jeunes Français, et de nombreux Bretons. Elle offre une image d'une terre accueillante, où l'emploi est facile. Mais, la réalité est moins rose. « Une partie assez importante en revient, sans que les raisons soient connues. » Selon des estimations, entre 3 000 à 4 000 repartiraient chaque année.
Pour comprendre le phénomène, Christian Papinot et Alain Vilbrod, deux chercheurs de l'UBO, lancent une étude sur la migration des jeunes Français au Québec. Ces maîtres de conférence en sociologie recherchent « des jeunes Français qui sont partis vivre au moins un an au Québec, avec l'intention d'y rester et qui, pour diverses raisons, sont revenus en France ».
Durant deux ans, les chercheurs vont plancher sur deux à trois questions. Quel est le nombre exact de Français qui sont au Québec ? Combien repartent-ils ? Et pourquoi ?
L'étude sur « Les trajectoires d'insertion professionnelle des jeunes immigrants français au Québec », est financée par la Commission permanente de coopération franco-québécoise. Sur ce sujet qui intéresse particulièrement les autorités québécoises, les universitaires brestois travaillent en collaboration avec l'INRS, l'équivalent québécois du CNRS.
Les Québécois se protègent
Car le Québec mène une politique très volontariste à destination des Français. « Le premier objectif, c'est la résistance à l'anglophonie et la volonté de marquer la province par la langue française », précise Christian Papinot. De plus, la population de cette région est vieillissante. « Pour se renouveler, elle a besoin de main-d'oeuvre étrangère. » Et pas n'importe quels immigrés. Le candidat français doit remplir nombre de critères. « Être jeune, en bonne santé, susceptible de faire des enfants, et être « parrainé » par un réseau québécois qui pourra faire office de caution au cas où etc. », énumère Christian Papinot.
Mais ceux qui réussissent la sélection n'y trouvent pas forcément leur bonheur. Alain Vilbrod explique : « Le système embauche facilement, mais débauche tout aussi aisément. » De plus, certains ordres professionnels se protègent. Il est des diplômes d'ingénieurs qui ne sont pas reconnus, même s'ils devraient l'être (co-diplomation). Certaines personnes, qualifiées, se voient reprocher le manque d'une formation... « laquelle n'est jamais enseignée, et est donc impossible à acquérir ».
Certains jeunes se retrouvent à accepter des emplois déqualifiés par rapport à leur niveau. Et, l'intégration n'est pas immédiate. « Certes, les relations sont « relâchées » au travail, mais il faut des mois avant d'être invité à manger chez un Québécois de souche. »
Les premiers résultats sont attendus pour fin mai 2008. Le bilan complet sera édité en 2009.
Laurence GUILMO
Renseignements au 02 98 01 63 94, ou 02 98 01 68 14. Ou christian.papinot@univ-brest.fr ou alain.vilbrod@univ-brest.fr

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