Au zinc des bistrots brestois, il y a de l'ambiance
Jean-Pierre Legras, patron du Midem à Recouvrance : « Les gens qui viennent au bar sont des copains. Ils sont là pour passer un bon moment. » :
Pas de Brest sans bars. Du port de commerce, à la rue de Siam, en passant par les quartiers : ils agitent, de jour comme de nuit, la vie des habitants.
Qu'ils se retrouvent à 8h autour d'un café avant de partir au travail, à 11h pour un coup de «pif» blanc ou rouge, ou le soir dès l'heure de l'apéro : le passage au bar appartient au rituel quotidien de nombreux Brestois. « Qu'on connaisse les gens ou non, il y a quand même de la convivialité. Toutes les générations s'y côtoient. Passer prendre un café au bar, c'est faire une pause. Personne n'est stressé, on prend le temps », détaille un habitué des bars du centre.
Autour des comptoirs, les discussions vont généralement bon train. On parle actualité, potins, ragots et rumeurs. « Quand les échanges embarquent les chemins obscurs de la politique et de la religion, il faut couper court, explique Jean-Pierre Legras, patron du Midem à Recouvrance. Ça peut dégénérer très vite... »
Le bistrotier de Recouvrance garde, également, le sourire en toutes circonstances. « Il y a certaines personnes qui vont au travail comme si elles partaient à l'échafaud. Moi, j'adore mon boulot. Il y a de la vie. Et puis, en tant que patron, je suis un peu sous les feux des projecteurs et des regards. Être derrière le comptoir, c'est comme être sur scène. Pour mes clients, je suis une star ! précise-t-il. Les gens qui viennent au bar sont des copains. Ils sont là pour passer un bon moment. Mais il n'y a pas qu'eux ici. Des jeunes viennent quotidiennement boire des « pas chers » (un sirop de menthe, grenadine...) et jouer au billard et au flipper. »
Bistrot de quartier, bistrot d'habitués
Chaque troquet brestois a ses habitués, qui ont leurs habitudes, leurs histoires. « Comme chez le psy, on se confie. On ne noie pas que le chagrin dans un verre. L'aspect social compte beaucoup dans la fréquentation d'un bistrot, confie cet autre habitué d'un troquet de quartier. Mais c'est vrai qu'il y a plus de monde pour la « Saint-Rémy », le jour où tombe le RMI. Généralement, les bars sont pleins pendant cinq jours et les gens ne se refusent rien. Certains rentrent même en taxi. »
L'oreille attentive du patron de bistrot compte énormément pour beaucoup de clients. Ici, on parle de ses problèmes sans craindre d'être jugé. « Parfois, on remplace les médecins. Fermez les bars, et vous êtes sûrs qu'on peut ouvrir des hôpitaux. On devrait même être payés par la Sécu. Pourquoi ne pas autoriser les paiements par carte vitale ? » lance dans un grand éclat de rire Christian Vidoni, le patron du Lak Atao, alors que tous les clients acquiescent.
Dans ces bistrots de quartier, les habitudes comptent plus que tout. On y retrouve souvent les mêmes personnes, qui commandent la même chose. « Ici, les gens sont comme à la maison. C'est à nous de nous adapter, pas à eux », commentent de nombreux patrons.
Mais parfois les clients forcent un peu sur la quantité, et les verres défilent, jusqu'à ce que ça déborde. « Y'a des jours, il vaut mieux lever le coude que baisser les bras », commente un habitué. Au Lak Atao, Christian Vidoni affirme ne plus servir quand les clients commencent à ne plus être très nets. Dans d'autres troquets, c'est sans limite. « Dans l'après-midi, c'est calme ici, on discute, raconte Anne-Françoise, du bistrot du même nom. Mais il y a des moments où on commence à faire n'importe quoi, on se met à chanter, à se lâcher, à rater les marches. » À quelle heure ? « Ben, c'est comme le bâton de berger, y'a pas d'heure pour ça ! »
Naëlle LE MOAL et Jérémy PARADIS.
Ouest-France
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