30 ans, l'âge de maturité pour le De Grasse
Trente années d'activités, une centaine de missions : Le De Grasse aura parcouru l'équivalent de quarante tours du monde.
Depuis 1977, la frégate anti sous-marine est un bâtiment majeur de la Marine française. Visite à bord.
« Clair pour balancement. Deux machines arrière, un ! » Trois coups de sirène pour annoncer son départ du quai et la frégate De Grasse de la Marine nationale quitte l'embarcadère. « À gauche dix, à droite dix : ça passe. Serrons la barre. »Avec aisance et grâce, le bâtiment sort de la rade pour rejoindre les eaux de la mer d'Iroise. « Trente ans, c'est l'âge normalement maximal pour un navire de ce genre. Mais regardez, il se porte encore comme un jeune homme ! » Le capitaine de vaisseau, Xavier Baudouard, commandant la frégate De Grasse ne cache pas sa fierté. « Le De Grasse glisse sur l'eau. Pour l'instant, notre vitesse est de 17 noeuds. Au large d'Ouessant, nous passerons à 20 noeuds. Vous savez, cette frégate est la plus rapide de la marine française. Elle atteint encore les 30 noeuds. » Toujours opérationnelTrente années d'activité, dont une douzaine passées au côté du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc ; une centaine de missions au profit des forces sous-marines ; dix grands déploiements dans les zones de conflits ; 3 837 jours en dehors de son port d'attache ; 72 000 heures de marche des machines ; 22 000 d'appontages d'hélicoptères ; 20 commandants...Les chiffres et le CV du De Grasse sont impressionnants. « Tous ces jours de mer lui ont permis de parcourir plus de 40 fois le tour du monde, précise le commandant. Et ses capacités militaires restent conséquentes en dépit de son âge. »Le De Grasse est programmé jusqu'en 2012, date de la livraison de la deuxième frégate multimissions prévue pour le remplacer. Le prochain navire devrait être baptisé le Normandie. Le nom De Grasse sera perpétué en étant attribué à l'un des six sous-marins nucléaires d'attaque de type Barracuda attendus pour 2016.Basé à Brest et affecté au sein de la Force d'action navale, ce bâtiment est déployé essentiellement en Atlantique. Son principal atout : son système de six sonars de lutte anti sous-marine. Après la perte de son sonar remorqué en 2006, le De Grasse partage l'unique « poisson » avec la frégate Tourville, son sister-ship. Un nouveau « corps remorqué » est, toutefois, attendu pour l'été 2008. « Il ne faut pas oublier le fait que le De Grasse accueille un ou deux hélicoptères Lynx et que ses équipements sont complétés par des moyens de lutte anti-navires et d'auto-défense anti-aérienne. Il est capable de répondre immédiatement aux sollicitations du gouvernement français. ». Le De Grasse fait actuellement de la sauvegarde maritime.Hélicoptères, avions et sous-marinAlerte à bord ! Tout l'équipage gagne son poste. Sur le pont, les mitrailleurs guettent le ciel d'Ouessant. Les canons des deux tourelles de 100 mm pivotent vers la menace. Aux postes optiques, deux marins sont déjà prêts. « Je les ai. Ils arrivent à bâbord. » À l'horizon, deux points noirs se rapprochent du bâtiment. « C'est une simulation de strike de Super-étendard. » La manoeuvre simule l'attaque de deux avions de chasse. « Une fois accroché, on peut les descendre. » Les deux avions passent à plusieurs reprises à une dizaine de mètres au-dessus du De Grasse. Le bruit de leur moteur est assourdissant. « Ils font le spectacle. Je ne les avais jamais vus aussi près ! », lâche, euphorique, un marin.« C'est une journée spéciale, riche en manoeuvres. Nous accompagnons également la dernière sortie du sous-marin nucléaire Inflexible », explique le commandant Xavier Baudouard. Un peu plus tard, c'est au tour d'un hélicoptère Lynx de faire son apparition. « C'est le 22 000e appontage d'un hélicoptère sur cette plateforme. Vous pouvez le voir descendre son sonar à tribord de la frégate. » Position stationnaire, descente en piquée, décrochage : l'appareil assure également les acrobaties. « Ce n'est pas tous les jours aussi spectaculaire, mais trente ans, ça se fête quand même ».Jérémy PARADIS.
Ouest-France