« Sortir d'une secte est toujours très long »
« Les associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes reçoivent des hommes et des femmes qui, un jour, ont confié leurs intérêts personnels, spirituels, financiers à des mouvements au fonctionnement opaque, mafieux », explique Catherine Picard.
Ancienne députée, Catherine Picard préside l'Unadfi (*). Samedi, elle est intervenue au colloque sur les Charlatans de la santé. L'occasion d'expliquer comment fonctionnent les mouvements sectaires.
Qui sont les mouvements sectaires ? Ils peuvent avoir pour support une Organisation non gouvernementale (ONG), un cabinet de thérapeute ou encore des associations. Ils apportent toujours des fausses réponses à de bonnes demandes, en masquant, évidemment, toujours leurs activités déviantes, frauduleuses, nuisibles. De quelles techniques usent-ils ? Ils font de la manipulation, séduisent, multiplient les propositions alléchantes dans les domaines du soin, de la santé, de l'alimentation, de l'éducation des enfants, des activités culturelles, scientifiques, environnementales. Les mouvements sectaires envahissent tous les domaines de la vie.Pourquoi ne pas les dissoudre ? Tous ces mouvements se transforment, changent d'appellation et de statuts régulièrement. Les sièges sociaux voyagent. Dès qu'ils ont fini dans le sud, ils vont en Espagne, puis repartent vers la Belgique. Autre difficulté majeure : ils savent aussi s'organiser en sous-boutiques, en sous-structures. Quant aux dirigeants, un moment ils sont les présidents de leur association, puis en deviennent les secrétaires ou les trésoriers. Et ainsi de suite.Quelle justice pour les victimes ? Escroquées, flouées, elles ont souvent un temps de réaction trop long pour saisir la justice dans les temps. Voilà pourquoi, nous disons qu'une victime des sectes ne doit pas être considérée comme une victime classique. Il lui faut souvent un long moment pour sortir de la duperie, de l'escroquerie. Elle doit être longuement accompagnée et soutenue. Autre problème majeur : les juges demandent toujours des preuves de ce qui est rapporté, dénoncé. C'est normal, évidemment. Même en possédant les manuels des dirigeants et les cours dispensés aux adeptes, on a du mal, parfois, à apporter des preuves de ce que nous dénonçons. D'où la nécessité pour nous de former des experts, des scientifiques aptes à nous épauler dans diverses procédures.Comment les victimes parviennent-elles à se rendre compte qu'elles sont entrées dans une secte ?À un moment, ces personnes doutent, sont de plus en plus critiques vis-à-vis des propos du gourou. Mais c'est toujours très traumatisant de se déjuger, de se rendre compte que l'on s'est trompé. Une sortie d'un groupe est difficile. Encore plus, quand la personne a organisé son départ pour intégrer une secte. À la sortie, après dix ou quinze années passées à l'extérieur de la vie publique, elle doit donc retrouver un logement, refaire des papiers de Sécurité sociale, de RMI. C'est compliqué.Pour les enfants en échec scolaire, de nombreux cours de soutien fleurissent dans les villes. Doit-on les craindre ?Avant d'inscrire un enfant dans telle ou telle association, il faut toujours vérifier son agrément. On ne doit pas confier un bambin à un numéro de téléphone portable découvert sur un papier posé sur un pare-brise. Je pense, ici, par exemple, à une association spécialisée dans des cours d'anglais. Nous avons découvert qu'elle formait également ses élèves au cosmos... Cela s'est passé à Lorient.Pour se protéger, les sectes utilisent souvent la liberté comme paravent. Qu'en pensez-vous ? Cette sempiternelle notion de liberté est extrêmement bien cadrée. Le code pénal sanctionne, en effet, le fait de pousser quelqu'un au suicide, comme celui de ne pas porter assistance à une personne en danger. De quelle liberté parle-t-on quand ces sectes séduisent un homme, une femme en état de vulnérabilité, de solitude, de souffrance physique ou psychologique ? De quelle liberté parle-t-on quand, au quotidien, ces mouvements rendent des individus semblables à des sujets, des objets, des esclaves ?Propos recueillis par Yves-Marie ROBIN.(*) Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes.
Ouest-France