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Festival du Bout du Monde
Édition du dimanche 05 août 2007

Ridan le vendredi au Bout du Monde





Sa chanson Ulysse est un mini-tube inattendu. Avec son deuxième album, qui mêle textes amers et mélodies jouées, Ridan confirme son talent de chanteur singulier.Il se produit vendredi au Festival du Bout du monde.

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage... » En écrivant son poème-phare, Joachim du Bellay était loin de se douter que près de 450 ans après sa mort, son oeuvre vivrait sur les radios de France par le biais d'une chanson appelée Ulysse. Même pas sûr qu'il aurait été choqué du sort de son sonnet, enrobé de reggae, avec sifflet nonchalant en guise de gimmick et pointe de trompette en final. Pas choqué non plus par les deux quatrains ajoutés par Ridan, dont le second ressemble à la morale d'une fable : « Nos vies sont qu'une guerre, où il ne tient qu'à nous de se soucier de nos sorts, de trouver le bon choix, de nous méfier de nos pas et de toute cette eau qui dort qui pollue nos chemins soi-disant pavés d'or ! »

Pas mal, non ? C'est en tout cas en partant du poème de Du Bellay, appris à l'école, que Ridan s'est offert un mini-tube aussi surprenant que l'était L'agriculteur dans son premier album, titre évoquant un retour aux sources. Ou Le quotidien (« Le quotidien d'un Maghrébin quand t'as quinze ans... ») sur le racisme ordinaire. « Le succès du premier album a été une belle surprise. Mais celui du deuxième (disque d'or) me surprend beaucoup plus. Car mes nouvelles chansons ne sont pas faites pour plaire, pour satisfaire, mais pour donner une raison à mon existence. »

« Écrire, c'était vital »

Il est comme ça Nadir (devenu, à l'envers, Ridan). Dans l'introspection : « C'est embêtant d'avoir du succès avec des phrases qui résonnent dans la souffrance des gens. Tu n'as pas le droit de t'en glorifier. J'aimerais avoir plus de légèreté. Pour le moment, ce n'est pas possible. » Sûr que son dernier album ne déclenche pas franchement l'hilarité. Dès le premier titre, il prévient : « Ici nous sommes tous ivres et j'en peux plus. Moi, de moi, j'en peux plus... » Et le reste est à l'avenant. D'une mélancolie sourde où il raconte n'avoir pas trouvé son chemin, être rempli d'injustice et de trahison, sentir « nos vies durcies dans le ciment ». Textes bruts, engagés, justes.

Pourtant, dans ce disque sombre, des lumières s'allument : « Quelle chance, quelle chance, quelle chance d'habiter la France ». Ou encore : « Mais je l'aime la vie, ses couleurs, ses fruits interdits ». Surtout, Ridan (avec ses copains Alain Félix et Mehdi Bendiab) sait accompagner ses mots de mélodies douces. Ses coups de blues s'habillent de reggae entraînant, de ritournelles enjouées, de guitares rieuses... Il n'hésite pas, comme certains artistes de variétés, à inviter une fraîche chorale d'enfants pour lui faire reprendre : « Elle pleure, elle pleure ma planète ! Elle sent que sa fin est proche, et ça la rend folle ! »

Si Ridan semble ainsi tanguer du chaud au froid, ce n'est peut-être pas par hasard. Né il y a 32 ans en Seine-et-Marne, il grandit entre la ville et la campagne. Son père est ingénieur informatique. Sa mère est comptable. Une famille de chiffres quand lui n'aime que les lettres. « Chez des cartésiens, j'étais le mouton noir qui rêvait de gagner sa vie en noircissant des feuilles de papier. L'écriture avait été pour moi une révélation. J'avais à peine 15 ans que je me voyais artiste ou rien du tout. C'était vital. J'étais fasciné par les gens qui figeaient une image en trois mots. J'adorais les proverbes. La musique est devenue l'environnement, le berceau de mon écriture. Parallèlement, chercher ma place dans cette société-là me procurait un malaise profond et permanent. »

A son âge, la forme d'écriture contemporaine la plus proche, c'est le rap. Il s'y essaie. Mais c'est en tant que producteur qu'il signe ses premiers projets, notamment avec le disque 30 rappeurs contre la censure. Cela ne lui suffit pas. Il a compris que la chanson est son Everest. Il le gravit sans complexe, empruntant au hip-hop l'âpreté des mots, sans la caricature.

Pour écrire cet album, il s'est imposé des mois d'isolement, dans la même pièce. « Dans la création, la notion de partage n'a pas de sens. C'est un acte égoïste. Sinon, ce n'est pas sincère. Par contre, la scène est devenue ma cour de récré. » Il y est de plus en plus à l'aise. Touché par des migraines chroniques et confiné dans sa chambre jusqu'à son concert du soir, aux dernières Francofolies de La Rochelle, il s'est libéré devant les 8 000 spectateurs, redoublant d'énergie pour les faire danser alors qu'une furieuse pluie d'orage les douchait froidement. À la fin du concert, Yannick Noah, réputé bête de scène, qui clôturait la soirée, l'a félicité. Mine de rien, un sacré compliment pour ce poète urbain bluesy qui n'imaginait pas vraiment pouvoir bouger ainsi les foules.

Michel TROADEC.

L'ange de mon démon. Jive/Sony. 40 mn, 10 titres.

Concert le 10 août au festival du Bout du monde à Crozon.

Ouest-France

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