Un « pédophile » au-dessus de tout soupon
Un habitant de Plougastel comparaît devant les assises pour des viols et des attouchements commis sur des enfants. Ceux de ses amis.
Pendant des années, il y a ceux qui n'ont rien vu, rien su, rien deviné, rien soupçonné. Pendant de plus longues années, il y a ceux qui se sont tus. Les premiers étaient la famille de l'accusé. Les seconds étaient les victimes, trois frères et un autre garçon.
Jusqu'en 2004, G., 56 ans aujourd'hui, était un homme au-dessus de tout soupçon. Pensez donc : en 1969, à 17 ans, CAP de chauffagiste en poche, le troisième d'une fratrie de neuf enfants, s'était engagé dans la Marine nationale.
En 1975, le marin, originaire d'Aquitaine, s'est marié avec une jeune finistérienne. Ils ont eu une fille, puis un garçon. « Excellent officier marinier, bon chef d'équipe », selon ses notations, G. a fini premier maître mécanicien. En 1998, après 28 ans sur toutes les mers, il a posé sac à terre. Et a trouvé immédiatement un emploi de technicien dans le privé.
« Ponctuel, autonome », pour son chef, il est aussi « pudique, réservé, ne parlant jamais de sexe et ne manquant jamais de respect envers les femmes », pour un collègue. Sa femme, effondrée mais qui veut lui « donner une deuxième chance », évoque « un homme courageux, jamais brusque ».
Voilà pour la façade.
Pulsions
Car G. est aussi celui qui, à compter de 1983, ne résiste plus à ses « pulsions ». Ainsi nomme-til son attirance pour les enfants. Plus précisément pour les garçons. Il ne sait pas résister, même si, à chaque fois, il se sentait « sale, honteux ». Comme après « une relation homosexuelle forcée » à l'âge de 17 ans.
Sa première victime est le fils aîné de ses amis. L'enfant avait sept ans. « C'était graduel, explique l'accusé. Une caresse par-dessus le pantalon. Les parents étaient là dans l'entrée. Ils n'ont rien vu. Petit à petit, j'ai précisé mes gestes, en dehors de leur présence. J'ai continué les caresses, je me suis exhibé, j'ai pratiqué une fellation sur lui et il l'a fait sur moi. » Cela a duré jusqu'en 1989. Ces faits, trop anciens, ne peuvent plus être poursuivis.
Ensuite, il s'en est pris au cadet, entre 1991 et 1994, « de la même manière ». Puis au troisième fils.Il est également accusé d'attouchements sur un autre enfant. Là encore, le fils d'amis qui, partant une semaine en vacances, avait confié leur garçon de 9 ans au couple G.
Ce n'est qu'en 2004 que G. va être dénoncé par les trois frères. Le plus jeune, alors âgé de 20 ans, est tellement mal qu'il est hospitalisé en psychiatrie. Voilà comment, en discutant entre eux, chacun s'est rendu compte qu'ils avaient tous trois été victimes, chacun à leur tour, du copain de la famille.
G. se retrouve en garde à vue, reconnaît les faits. Pas tous. Même s'il admet les fellations imposées aux deux frères - ce sont aussi juridiquement des viols - il nie les actes de sodomie dont l'accuse le cadet. Le président Buckel lui oppose « les déclarations constantes » de la victime qui a dénoncé trois pénétrations. « Je n'ai jamais sodomisé qui que ce soit », insiste l'accusé.
Et les accusations du plus jeune des frères ? « Ils ont été incités par leur oncle et leur mère à porter plainte », assure-t-il et le plus jeune aurait suivi pour ne pas rester à l'écart. « D'où vous viennent ces certitudes », l'interroge le président. « Son oncle ne venait plus nous voir. On voyait bien que quelque chose se préparait. »
La théorie de la manipulation en quelque sorte. Curieuse explication d'un accusé homme qui ne semble pas concevoir que les familles des victimes n'avaient tout simplement plus envie de fréquenter celui qui avait trahi leur confiance.
Son propre fils, qui a le courage d'appeler les choses par leur nom en parlant de son « père pédophile », le défend quand même en mettant en doute les accusations les plus graves des victimes.
Demain, G. va devoir s'expliquer plus longuement sur ces faits.
Yannick GUÉRIN.
Ouest-France