Etienne Daho
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La première fois, Sophie a passé une annonce, sans trop y croire. Deux jours plus tard, elle recevait plus d'une centaine de mails. « Je n'arrive pas à entendre le mot prostituée. Je ne l'assimile pas. » Loin des trottoirs et des proxénètes, Sophie (nom d'emprunt), 22 ans, étudiante à Brest, propose ses services sur Internet, depuis le mois d'octobre.
Elle se définit comme une « masseuse ». Avec une pointe d'émotion dans la voix, elle ajoute : « Je n'embrasse pas. On ne me touche pas et il n'y a pas de pénétration. Je fais des massages avec poitrine dénudée et finition manuelle. Point ! Je suis très claire avec les clients. Je ne fais et ne ferai rien de plus ».
Se payer des livres et cahiers
Pour sa famille et ses amis, Sophie est une étudiante sans histoire. Pourtant, en dehors de ses heures de cours, elle rejoint ses clients, dans les hôtels, pour des moments particuliers. « Au début, je me rendais chez eux. Mais j'avais peur de me retrouver enfermée. Une fois, un client m'a plaquée au sol... Depuis, je donne rendez-vous à l'hôtel. C'est un endroit neutre. Je sais que si quelque chose devait mal se passer, il me suffirait de crier pour que quelqu'un intervienne. En plus, le client est obligé de payer avec sa carte bancaire et de laisser une pièce d'identité. »
Ses clients ? Des commerciaux pour la plupart. Des hommes, entre 30 et 40 ans, en déplacement à Brest. « Ils veulent passer un moment agréable avec une jeune fille. Ils sont en général courtois. J'évite les hommes de plus de 50 ans. Je suis tombée sur quelques pervers et des personnes insistantes. Certains clients voudraient me voir plus souvent, je refuse. »
Joli minois, sourire charmeur, grands yeux clairs : Sophie est un joli bout de femme. Chemisier noir cintré, petit gilet, jean tendance, chaussures noires féminines, elle ressemble à n'importe quelle étudiante dans le vent. « Ce job me permet de me faire plaisir. Je peux dépenser un peu plus d'argent pour m'habiller. Mon premier massage m'a permis de faire des courses, de me payer des crayons, des livres et des cahiers pour mes cours. » Chaque séance de moins d'une heure lui rapporte près de 80 €.
Sophie vient d'une famille aux revenus moyens. L'argent est un sujet sensible. « On a toujours eu de quoi vivre, mais mes parents nous faisaient sentir qu'on pouvait en manquer. J'ai ce sentiment aujourd'hui. La peur d'en manquer, de ne pas avoir assez d'argent à la fin du mois. »
Après une première année d'études ratée, ses parents ont décidé de ne plus l'aider financièrement. « J'ai alors essayé de trouver un boulot. Il me fallait payer les inscriptions universitaires, l'appartement, les fournitures et ma nourriture. »
Pour joindre les deux bouts, Sophie a, alors, multiplié les emplois. Un temps, elle a travaillé dans un fast-food. En parallèle, elle a tenté de décrocher des contrats en intérim et a fait quelques extras. « Du baby-sitting, des petits jobs de serveuses pour certaines soirées. Mais malgré ça, j'avais du mal à boucler mes fins de mois. »
Et ses études ont commencé à en pâtir. « Certains matins, il m'était impossible de me réveiller. Même avec deux ou trois réveils. Je finissais toujours très tard. J'ai ainsi raté plusieurs partiels. Il fallait que je trouve une autre solution. »
« Pendant les massages, je pense à autre chose. »
Sophie a cherché des idées sur Internet. « Je voulais un job où les heures de travail n'étaient pas trop importantes et qui payait un peu plus que la restauration. » Elle est tombée sur un site d'annonces gratuites, a regardé les différentes offres et consulté, par curiosité, la rubrique « Érotica ». Elle a trouvé des annonces plutôt explicites.
« Je me suis dit pourquoi pas. J'ai posté une annonce : Jolie étudiante propose massages. Je ne croyais pas vraiment que ça marcherait. » Deux jours plus tard, elle recevait une centaine de réponses sur sa boîte mail. « Je suis peut-être une fille qui n'a pas froid aux yeux. La première fois a été difficile. Aujourd'hui, je fais ce que je dois faire. Pendant les massages, je pense à autre chose. »
Depuis le mois d'octobre, Sophie accepte des rendez-vous suivant ses besoins. « Je peux avoir un rendez-vous par jour, cinq par semaines, comme un tous les 15 jours. Cela dépend de ce que je dois payer et s'il me manque de l'argent. »
Ses parents ne posent pas de question. Pas plus que sa banque. « Les relations avec mon père et ma mère n'ont jamais été aussi bonnes. Ils pensent que la restauration rapporte. S'ils savaient... Je pense que je ne serais plus qu'une traînée à leurs yeux. Ils ne pardonneraient jamais... »
La jeune fille dit vouloir continuer les massages jusqu'à la fin de l'année universitaire. Une fois son diplôme en poche, elle espère trouver un « job normal ». « Je sens que ça va être difficile. Je gagne de l'argent facilement. J'ai peur de ne pas supporter un travail payé au smic... Je sais que je pourrais refaire des massages... »
Jérémy PARADIS.
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