Pensées d'un jeune Brestois revenu du Groënland
Jean-Charles est l'un des trois Français présents à Nuuk. Avec un cuisinier Jean-François, et aussi une franco-groenlandaise, aux origines bretonnes, Nuna Papiis ! « Son père était un marin brestois et au cours d'un voyage, il a rencontré une Inuit. »
Comme bon nombre de jeunes, Jean-Charles Larsonneur a profité de ses vacances pour rentrer chez ses parents à Brest. Avec un discours rare.
Il avait « oublié » que « la nuit est si noire » à Brest. « C'est ce qui m'a le plus surpris en revenant début juillet », confie Jean-Charles Larsonneur. Résultat, ce jeune habitant de Recouvrance est allé rapidement « prendre un verre avec ses amis en terrasse au port ». Pour mieux admirer les étoiles bien sûr !
Mais où était-il donc parti ces derniers mois pour faire un constat si insolite ? « Au Groënland ! J'y suis depuis février et j'y reste un an. » Tout s'explique alors ! Car le pays des Inuits et des Vikings est situé à la limite du cercle polaire. Il est ainsi marqué par « des hivers où il fait nuit presque 24 heures/24 » et des étés où le jour reste fixe tout aussi longtemps. Rien à voir effectivement avec ce que l'on connaît ici.
Mais cette première différence n'est pas la seule observée par Jean-Charles. Comme il l'a fait de nombreuses fois auprès de ses parents depuis son retour, il relate ici ses pensées sur l'île du Grand Nord, grande comme six fois la France et faiblement densifiée avec ses 56 000 habitants ! Un territoire où vivent moins de dix Français. Et où la température extérieure est en ce moment de 5 °C, voire moins. À côté, Brest c'est les Tropiques !
• Pensée sur le grand Nord. Petit, Jean-Charles Larsonneur en avait entendu parler dans « un documentaire de Connaissance du monde ». Les images d'étendue de glace lui étaient restées gravées à l'esprit. L'envie d'y aller était née. À défaut de réaliser ce souhait à 8 ans, il s'était contenté d'accrocher un poster de husky dans sa chambre. Et de rendre visite aux phoques d'Océanopolis.
La base du volontariat
Mais à 24 ans, il y pose le pied, mû par l'envie « d'exotisme, d'aventure avant de commencer à travailler ». Le jeune homme vient en effet de terminer ses études au collège d'Europe à Bruges. Pour rejoindre le Groënland, il trouve un bon plan : enseigner l'histoire européenne à l'université de Nuuk, la capitale. Un poste rentrant dans le Volontariat international en administration (VIA) financé par l'ambassade de France.
Ainsi, en février dernier, le pays lui saute aux yeux, en même temps que le froid (entre -15 °C et -30 °C, pouvant aller jusqu'à -70 °C). « C'est tout blanc. Seule la côte, avec ses fjords, est habitée. À l'intérieur, c'est la calotte glacière, l'endroit le plus vide au monde. Il n'y a rien hormis des stations scientifiques. »
• Pensée sur la culture groenlandaise. Elle est au carrefour de trois « influences ». Inuite, européenne et, comme partout, américaine ! La première, inuite, avec ses traditions culinaires comme le « chew-gum » à la baleine « le matak » que les « habitants mâchent à l'heure du café ». Comme la présence forte de viande de rêne, de saumon sauvage au repas. Voire même de phoque, au goût de poisson, un met fort recommandé « pour lutter contre le froid ».
Culture métissée
La culture européenne, du fait de l'influence du Danemark. Avec ses enfants métissés par le sang de leurs parents, blonds pour les Danois, et typé indiens pour les Inuits. Avec aussi la mode présente dans les villes, les voitures venues d'Europe.
Enfin, l'influence américaine avec l'engouement pour ses sports. Comme par exemple le base-ball. À noter que le Groënland est beaucoup plus près de ce continent que de la vieille Europe.
• Pensée sur l'Europe. Pour Jean-Charles, proeuropéen, le Groënland entretient une relation du type « je t'aime, moi non plus » avec l'Europe. « En 1985, le pays s'est retiré de la Communauté économique européenne après un référendum pour cause de quotas de pêche », résume-t-il.
Malgré cela, « les relations avec l'Union européenne sont très importantes, car c'est aussi un territoire danois ». Le pays reçoit des subventions qui servent, par exemple, à moderniser l'enseignement. Et d'après le jeune professeur, « le Groënland pourrait un jour (re) rentrer dans l'Europe ». Ses discussions marquent en tous les cas l'actualité.
• Pensée sur le réchauffement climatique. C'est l'autre gros sujet médiatisé là-bas comme ici. Qui entraînent des réactions étonnantes pour les plus idéalistes. « Même si c'est une catastrophe, les Groënlandais y voient des avantages », explique-t-il.
Des matières premières à exploiter
L'agriculture commence aussi à voir le jour, des terrains échappant aux glaces. « Il y a cinq ans, ce n'était pas possible de cultiver du fourrage pour les animaux. Aujourd'hui, si. » Et surtout, avec la fonte des glaces, les « matières premières vont pouvoir être exploitées » (pétrole, mine de charbon...). Avec des bénéfices « qui seront bien supérieurs à ceux de la pêche, unique activité possible sur le pays jusque-là ».
Pour Jean-Charles, « ce rêve d'Artique prend un sale coup. Je ne veux pas que ce pays soit détruit ». Avec ces mots, ces pensées sont plus que jamais tournées vers le Groënland.
Mais patience, jeune Brestois ! Plus que quelques jours avant de repartir !
Cécile RENOUARD.
Ouest-France