Qui n'est pas curieux de découvrir à quoi ressemblait sa ville natale au début du XX
e siècle ? Les cartes postales anciennes nous font remonter dans le temps. À travers les teintes parfois bien jaunies des clichés, on redécouvre les us et coutumes de ces époques révolues, les anciens métiers, les places ou les rues que l'on devine...
À la bibliothèque d'étude de Brest, la collection de cartes postales ne prend pas beaucoup de place. Regroupées dans des petites boites opaques, elles sont enfermées depuis quelques décennies. Certaines datent du début du XX
e siècle, et ne sont pas consultables. Trop fragiles. Pour garder une trace, les bibliothèques se lancent dans un processus de numérisation.
1 400 cartes bretonnes
Nicolas Tocquer, conservateur chargé du patrimoine dans les bibliothèques municipales de Brest, est chez lui dans ce dédale d'étagères couvertes de livres, journaux, classeurs.
« Jusqu'à présent, les cartes ne sont pas visibles car elles ne sont pas répertoriées. Mais cela n'a aucun sens de conserver des documents patrimoniaux s'ils ne sont pas communiqués au public, estime-t-il.
Les 1 400 cartes postales bretonnes vont donc être transférées mi-mars au Cartopole, qui va se charger de leur numérisation. »Une convention a, en effet, été signée entre la mairie de Brest et le conservatoire régional de la carte postale, le Cartopole de Baud (Morbihan), spécialisé dans la numérisation et l'analyse des cartes. Un investissement lourd pour les collectivités.
« Les opérations se font en partenariat avec les instances régionales et nationales. Ainsi, la mission recherche et technologie du ministère de la Culture et de la communication les subventionne à hauteur de 50 %. » Ce qui représente une aide de 2 000 € pour les cartes postales.
En janvier, un autre processus de numérisation a été lancé, celui du dictionnaire breton-français de Coëtanlem. 9 000 pages ont été numérisées, et sont actuellement en train d'être indexées, afin de faciliter les recherches.
Retrouver ses racines
Numériser à tout va ne rime à rien si on ne s'y retrouve pas.Au Cartopole, chaque carte sera indexée, pour que le fichier numérique soit relié à des mots-clés, comme la commune où la photo a été prise, le sujet, le nom de l'éditeur ou encore la légende.
« On vit dans une société où les gens ont besoin de retrouver leurs racines, souligne Nicolas Tocquer.
On le remarque avec la généalogie qui fait fureur, cela passe aussi par cette volonté d'accéder aux fonds de cartes postales. »Un processus qui va permettre aux amateurs d'y avoir accès, via des recherches Internet.
« Chaque carte fait l'objet d'une analyse précise, puis elle est mise en ligne sur le site du Cartopole. » Les collections physiques retournent ensuite dans les bibliothèques municipales. Chacun peut donc les consulter sur le site Internet, qui compte actuellement plus de 23 150 cartes. Pour s'y retrouver, on entre un mot-clé, ou une ville.
Pour l'instant, les cartes qui représentent Brest ne sont pas légion. Aujourd'hui, le moteur de recherche du Cartopole en dénombre 85, allant de la collection sur les cérémonies bardiques sortie en septembre 1908 à une photo du Pont national ouvert.
« La numérisation assure une visibilité nouvelle à ces collections. Cela permet d'ouvrir des perspectives aux chercheurs, mais aussi au citoyen lambda. » Contrairement à ce que l'on pense fréquemment, Nicolas Tocquer estime que
« ces documents ne sont pas encore particulièrement menacés par la dégradation ». C'est plus un moyen de se réapproprier ce document qui a été extrêmement populaire : àla veille de la Première Guerre mondiale, chaque Français recevait en moyenne 45 cartes postales par an. Avec le développement d'Internet et de la messagerie en ligne, on en est aujourd'hui bien loin. Et paradoxalement, c'est ce média, via les sites, qui offre cette accessibilité nouvelle aux collections.
Naëlle LE MOAL.
+++ Voir www.cartolis.org