Le second porte-avions en difficulté
La commande du navire est aujourd'hui remise en question. Une mauvaise nouvelle pour Brest où il devait être en partie réalisé. Malgré tout, DCNS affirme toujours travailler sur le projet.
On s'y attendait un peu. Hervé Morin, le ministre de la Défense, a confirmé, dimanche, que le programme du second porte-avions, ou PA2, a pris du plomb dans l'aile. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour Brest où le bâtiment devait être en partie réalisé.
« Il est évident que la situation budgétaire de l'équipement de nos forces rend difficile la construction du second porte-avions, a expliqué Hervé Morin sur Europe 1. Il s'agit d'un arbitrage que nous avons à faire, qui sera fait dans les semaines qui viennent. Le président de la République décidera. »
Lors de sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy s'était prononcé en faveur de la construction du second porte-avions, un programme lancé par son prédécesseur, Jacques Chirac. Mais la situation financière du pays rend aujourd'hui cet engagement bien difficile à tenir.
3,5 milliards d'euros
Le coût du second porte-avions est estimé à 3,5 milliards d'euros par un récent rapport parlementaire. Au sein des Armées, où le vent des restrictions budgétaires souffle aujourd'hui très fort, seule la Marine défend ce gros programme d'équipement. Le chef d'état-major des armées ne lui serait guère favorable.
Même chez les marins, l'unanimité ne règne pas à son sujet. Certains d'entre eux ne veulent pas sacrifier les frégates et les sous-marins à ce programme. Ils critiquent la perspective d'une marine « macrocéphale » qui se réduirait à quelques gros bateaux.
Sur le plan industriel, deux sociétés devaient se partager la commande. Aker Yards, à Saint-Nazaire, aurait réalisé la coque. Maître d'oeuvre du programme, DCNS était chargé de l'ingénierie, de l'intégration du système d'armes et de l'aménagement des installations aéronautiques. Le programme représente au total une quinzaine de millions d'heures de travail.
Après la réalisation des plans de construction du PA2 en 2008, Aker Yards, en qualité de co-traitant, avait prévu un début d'usinage en 2009 pour une livraison de la coque aménagée en février 2012. Le navire devait alors rejoindre Brest pour y être achevé par DCNS, la livraison à la Marine intervenant en 2014. Juste à temps pour prendre la relève du Charles de Gaulle qui entamera alors son deuxième grand carénage.
Les industriels sont dans les starting-blocks. Ils avaient d'ailleurs demandé au ministère de la Défense que le marché soit notifié impérativement pour la fin mars.
Prudence au siège de DCNS
À défaut, Aker Yards se disait incapable de garantir la disponibilité d'une forme à Saint-Nazaire pour construire la coque du second porte-avions dans les délais impartis. Compte tenu de ces impératifs de calendrier, la déclaration d'Hervé Morin n'est sans doute pas le fruit du hasard.
Hier, au siège parisien de DCNS, la prudence restait de mise. « Nous sommes dans l'attente de la décision politique qui interviendra après la remise des conclusions du Livre blanc sur la défense, sans doute au mois de juin. Si la commande est confirmée, nous démarrons immédiatement la réalisation du second porte-avions. »
Officiellement, une centaine de personnes continuent de travailler sur le projet chez DCNS. Mais on peut penser que l'industriel a pris un coup au moral après la déclaration d'Hervé Morin.
Les conséquences pour lui d'un abandon, ou d'un retard important, dans le programme du second porte-avions ne seraient pas minces. Il perdrait en développement de son chiffre d'affaires, de son activité et de son savoir-faire. Pas bon quand on a l'ambition de jouer un rôle de premier plan dans le naval militaire.
Pour l'instant, le plan de charge de DCNS Brest n'a pas intégré la réalisation du second porte-avions. Localement, les effets d'une éventuelle annulation du programme restent donc difficiles à évaluer. La direction locale de DCNS assure qu'ils seraient limités. « Il n'y aurait pas d'impact direct négatif sur le site de Brest. »
Autrement dit, aucun drame social n'est à redouter. L'adaptation des effectifs à la charge de travail se ferait de manière assez naturelle. Tous les départs à la retraite ne seraient peut-être pas compensés.
À DCNS Brest, on s'attendait à mieux. On se consolera en se disant que l'on a vu pire. Pour cause de restrictions budgétaires, déjà, la construction du Charles de Gaulle avait parfois ressemblé à un véritable cauchemar.
Olivier MÉLENNEC.
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Ouest-France