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Mondial du Lion
Wolfgang Barfuss, photographié en 2004, en compagnie de son épouse, Solange. : Béatrice Le GrandC'est un homme au parcours hors du commun qui vient de disparaître. Wolfgang Barfuss était né en 1921 en Allemagne. C'est la guerre qui l'a amené à Brest, en 1941. Jeune ingénieur civil, ce n'était pas un Allemand comme les autres. Sa mère, Russe d'origine, était juive et dès l'ascension du régime nazi, sa famille a subi les persécutions antisémites. Son père, chef d'orchestre à Wuppetal, en Rhénanie, dû quitter son poste en raison des origines de sa femme. Son frère, Grischa, qui devint l'admiré directeur de l'opéra de Düsseldorf, dut se cacher durant toute la guerre.
À Brest, Wolfgang Barfuss travaillait pour une société chargée de creuser des galeries près de la base sous-marine. Parce qu'il avait étudié le français à l'école, il était chargé des relations avec les entreprises locales. Assez vite, sa francophilie lui attira des ennuis. Il se fit même tirer dessus, sans être blessé toutefois, par un ouvrier allemand.
En prison à Pontaniou
Discrètement, il aide des Français à échapper au service du STO, le travail obligatoire. Pendant ces sombres années, il tombe amoureux de Solange Le Droumaguet, la fille du garagiste chez qui il était allé acheter une voiture pour sa société.
Cet amour lui fit commettre un geste qui faillit lui coûter la vie. Il entendit un officier allemand tenir des propos très crus sur les femmes françaises. « Je lui ai dit que les Gretschen étaient des matelas à officier. Il m'a donné deux baffes, je l'ai boxé », racontait-il.
Il est condamné à quatre mois de prison et incarcéré à la prison de Pontaniou, le 23 juin 1944, le jour de ses 23 ans. En raison de l'avancée des troupes alliées, il est transféré en Allemagne, dans l'immense prison de Rottenburg. Il assiste à des scènes terribles, est astreint à des travaux épuisants. À sa sortie, il ne pesait plus que 43 kg.
À sa libération, il reste en Allemagne et voit s'effondrer le régime qu'il haïssait. Il aide l'Intelligence Service à traquer les nazis qui se cachent. Puis, il regagne la France et Brest et retrouve Solange qu'il épouse en 1947.
Le 14 septembre 1948, il est naturalisé français « pour services rendus à la France », mention rarissime à l'époque pour un Allemand.
Trente-cinq ans consul
Il a succédé à son beau-père à la tête du garage. Pendant trente-cinq ans, il va vendre des Simca, des Chrysler, puis des Peugeot. Il aimait dire qu'il avait vendu 26 000 voitures neuves et 16 000 d'occasion.
Wolfgang Barfuss, que tous ses proches appelaient « Bobby », avait une légitime fierté d'avoir été le premier consul de la République fédérale d'Allemagne. Il avait accepté cette charge bénévole, en 1967, sur les conseils de son ami, Georges Lombard, le maire de l'époque. Chez lui, il montrait volontiers le document de sa nomination signé, côté français, par le général De Gaulle et son ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, et côté allemand, par le président Lübke et par Willy Brandt.
Pendant des années, jusqu'en 2002, il va ainsi venir en aide à des citoyens allemands qui ont perdu leurs papiers ou eu un accident, voire des ennuis avec la justice. Le consul ne manquait aucune escale des navires militaires allemands. Il était un pont entre les deux pays, celui de sa naissance et celui qu'il avait choisi.
Homme d'une grande courtoisie, il avait une vraie passion pour la vie politique. Et il ne manquait jamais de solliciter l'avis de ses interlocuteurs sur les derniers développements de l'actualité. Sa silhouette distinguée, son léger accent, son caractère affable manqueront à beaucoup.
Ses obsèques seront célébrées mercredi, à 10 h, au centre funéraire du Vern.
Yannick GUÉRIN.