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Vendredi et samedi, un colloque sur les grandes enquêtes pluridisciplinaires des années 1960-1970 a lieu à Plozévet et à Brest. Pourquoi ce retour à Plozévet plus de 40 ans après ?
Nous revenons régulièrement dans la commune. Tous les trois ans, nous organisons des rencontres entre des chercheurs du CNRS et les habitants. Depuis 40 ans, certaines légendes courent encore sur ces enquêtes. On identifie régulièrement Plozévet à Edgar Morin, on oublie qu'il y a eu des centaines d'enquêteurs à y participer. Pour ce colloque, nous voulions rassembler des chercheurs qui ont mené des enquêtes dans d'autres régions de France et aussi à l'étranger, pour échanger sur nos expériences.
Dans quel contexte avez-vous participé aux enquêtes ?
En 1965, j'étais étudiant à Rennes, en dernière année. Il fallait que je me prépare à entrer dans le monde du travail, je cherchais donc un stage d'été. Je suis arrivé à Plozévet un peu par hasard, sans vraiment savoir ce qui m'attendait : l'enquête était dirigée essentiellement à Paris, et conçue par des chercheurs parisiens. Rares étaient ceux qui avaient une vision synthétique de tous ces travaux. À l'époque, je n'aurais jamais imaginé que cela prendrait cette ampleur.
Comment les habitants ont-ils réagi à votre présence ?
Je vivais chez l'habitant, dans un petit village éloigné du bourg. Il y avait une seule télévision, un téléphone, on passait beaucoup de temps à discuter avec les habitants. À la sortie du livre d'Edgar Morin, il y a eu quelques problèmes quand les gens ont vu qu'on avait repris des paroles de la vie quotidienne. Cela a été ressenti comme une atteinte à la vie privée. Beaucoup s'attendaient à un portrait élogieux de la commune, fière d'avoir un recteur d'académie et des professeurs agrégés. Mais le portrait était contrasté. Aujourd'hui, avoir été enquêté fait partie du patrimoine de Plozévet.
Pourquoi avoir choisi Plozévet ?
Au début des années 60, nous étions à l'aube du boom économique. Une grande mutation se préparait dans les campagnes françaises. D'où le souci des chercheurs de mener une étude dans ce monde rural où tout s'ébranlait. Mais il y a une chose sur laquelle nous nous sommes complètement trompés : nous voyions la fin de l'intérêt pour la culture bretonne.
Propos recueillis
par Naëlle LE MOAL.
Pratique. Le colloque a lieu vendredi à Brest, à la faculté Victor-Segalen, et samedi à la salle Avel Dro de Plozévet. À 9 h 30 vendredi : « Pourquoi ce retour ? », par Bernard Paillard. À 9 h 45 : « La tradition des enquêtes collectives ». Dans la matinée : « Les enquêtes de Plozévet à travers les publications : lectures et relectures. » À 9 h samedi : « L'enquêteur et son objet : témoignages d'enquêteurs ». À 14 h 15, projection du film d'Ariel Nathan : Retour à Plozévet. À 16 h : « L'enquête de terrain : le retour aux enquêtés ».