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De gauche à droite : Garland Nadeau, pêcheur à Rivière Saint-Paul ; Sophia Foley, de la fondation Québec-Labrador ; Alain Boulaire ; et Dwigt Bilodeau, épicier à Old Fort Bay (anciennement port de Brest) et archéologue amateur. Il a existé de l'autre côté de l'Atlantique, pendant près de deux siècles, un lieu nommé Brest à proximité du détroit de Belle-Ile qui sépare Terre-Neuve du Labrador. Les cartes anciennes l'attestent.
« J'en ai consulté plus de 80, des cartes françaises, hollandaises, espagnoles, portugaises, anglaises, explique l'historien brestois Alain Boulaire. Toutes témoignent de l'existence de ce Brest, pas toujours situé au même endroit, mais dans un rayon géographique d'une trentaine de kilomètres. »
« Ce qui m'a frappé en étudiant ces cartes, poursuit-il, c'est la toponymie de cette région, d'ailleurs baptisée Nouvelle-Bretagne sur certaines d'entre elles. « Blanc-Sablon », une baie des Trépassés ou l'archipel du « Mingan » qui peuvent donner lieu à plusieurs interprétations. Mais d'autres sont clairement en lien avec nous : Groix, Bréhat, Audierne, Penmarc'h. Et surtout, un Carpon, un Corquet qui a très bien pu dériver du Conquet, et un « Twillingates » où je vois bien « Toulinguet » !
La carte la plus récente, disponible au Service historique de la Marine à Brest, est celle du Pilote de Terre-Neuve, datée de 1784. On y lit notamment « Old fort Bay, anciennement port de Brest ». « Ce Brest, qui a dû être un établissement permanent d'hivernage pour les pêcheurs à la morue a existé avant Jacques Cartier et fonctionné jusqu'aux années 1640. J'ai trouvé dans mes recherches une archive espagnole qui parle de barque vendue à Brest-Canada. Ensuite, les bateaux qui se dirigeaient vers Québec ont emprunté la route du sud du golfe du Saint-Laurent, beaucoup plus facile d'accès. »
Des repérages en décembre et mars
C'est cette histoire qu'Alain Boulaire veut raconter dans un documentaire de 52 minutes, produit par la société brestoise Aber-Images, réalisé par Alan Guichaoua avec la collaboration du Québécois Pascal Carron, né à Brest-Finistère. La région Bretagne a octroyé au projet, en septembre dernier, une subvention de 6 000 € d'aide au développement. Elle a permis à l'historien d'aller effectuer ses premiers repérages sur le terrain en décembre 2007, puis en mars.
Il y a rencontré les habitants actuels de ces lieux, aux noms français, mais aux prénoms anglais, et paradoxalement anglophones dans un Québec francophone. « C'est une région à très forte identité, isolée comme on ne peut l'imaginer ici, très peu peuplée, avec un mélange de descendants d'Européens et d'autochtones. Ces Innus ont des souvenirs d'hommes blancs installés ici, mais, pour eux, les âges et les saisons de la vie se confondent et leur histoire n'est pas datée. »
Le documentaire racontera aussi bien le Brest d'ici que le Brest du Québec né certainement de la pêche à la morue. « J'ai trouvé dans les archives, la trace d'armements à la morue à Brest-Finistère au XVIIe siècle. Or, il n'existe pas de naissance d'armement sans qu'il y ait eu auparavant une activité soutenue », affirme l'historien. « Je vois le film comme une enquête de part et d'autre de l'Atlantique. Au Canada, les gens sont très intéressés par cette histoire. Même s'ils n'en sont pas les descendants directs, ils ont un besoin de reconnaissance forte. Et ça peut être un atout touristique. »
Des premières images pourraient être projetées lors des fêtes maritimes de Brest 2008, où Alain Boulaire espère la présence de quelques « Brestois » venus de l'autre côté de l'Atlantique.
Josiane GUEGUEN.