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« Tout a commencé en 1996. Quand nous avons formé la Cuma (1) », raconte Jean-Luc à l'heure où se tient, à Brest, le congrès du groupe français des pesticides. A la fin des années 90, chaque exploitant travaillait avec un vendeur de pesticides qui assurait aussi le conseil sur le suivi de la culture. « Évidemment, le vendeur nous conseillait le maximum pour le dosage de pesticides ! Normal, il était à la fois le conseiller et le vendeur », sourit avec recul Jean-Luc.
A la Cuma, « on a décidé de dissocier le conseil et la vente. C'est à ce moment-là qu'on a noué un partenariat avec Agriteck à Loudéac. Une entreprise indépendante, spécialisée dans le conseil en suivi de culture. » Les choses changent alors radicalement pour ce groupement d'exploitants.
« On travaillait vraiment n'importe comment ! »
« Cette entreprise nous a appris à lire l'étiquette d'un bidon de pesticides. » Et Jean-Luc Roué de regretter qu'alors, « on appliquait le dosage qui était indiqué sur le bidon. Ce n'est qu'après que nous avons réalisé qu'il s'agissait de la dose maximum à ne pas dépasser... pour ne pas esquinter les cultures ! »
En utilisant à plus faible dose les pesticides, il leur a fallu modifier quelques pratiques pour optimiser l'efficacité. Rien de plus ! « On en met quand la plante est jeune. On a aussi quelque peu changé les dates d'application. Et puis, on surveille pas mal l'hygrométrie qui joue un rôle important. »
Le résultat est très significatif. De 1,25 litre utilisé par hectare pour le blé tendre, Jean-Luc n'en consomme plus que... 0,25 litre ! (2) « On travaillait vraiment n'importe comment avant », se reproche encore l'exploitant. La facture est aussi moins salée. Et, « même si nos parcelles ne sont pas des plus nettes à la récolte, le rendement n'est pas perturbé pour autant ».
Les bidons de pesticides sont vidés, lavés, séchés...
Jean-Luc dispose d'un local de stockage pour ses pesticides. Il est aussi le seul à s'être doté d'une station de remplissage de pulvérisateurs. Il la partage avec neuf autres collègues. Elle couvre à peu près 400 hectares. Elle a coûté 4 000 € soit 400 € pour chacun des utilisateurs
Le local date d'il y a un an. Il est entièrement bétonné, aéré. « Et au cas où il y aurait une fuite, le sol dispose d'une marche pour retenir le produit. » Le local est mis aux normes préconisées ces deux-trois ans. « Ici, on s'interdit de brancher la source d'eau sur le pulvérisateur. » S'il y a des fuites, elles sont récupérées. Une fois vidés, les bidons de pesticides sont lavés et séchés sans les bouchons et récupérés ensuite pour être traités à part.
Cette collaboration a, du coup, fédéré une dizaine d'agriculteurs des environs de Ploudalmézeau autour de cette cause commune d'une agriculture respectueuse de l'environnement. Pour d'autres, « cette démarche ne passe pas encore bien auprès de tout le monde. Certains y sont encore très réticents voire indifférents », regrette Jean-Luc qui espère, malgré tout, faire bouger les choses.
Sophie MARÉCHAL.
(1) Coopérative de matériel agricole.
(2) Il dispose de 18 ha de maïs (ensilage), 12 ha de blé, 3,3 ha de jachère et 37 ha de pâture.