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Anne-Marie Kervern est membre de l'Union démocratique bretonne (UDB). Elle a également été présidente de la revue Hopala ouverte sur les cultures du monde. Nouvellement élue le 16 mars, vous avez été nommée adjointe au maire une semaine après. Votre délégation a beaucoup surpris. Quelles sont vos responsabilités ?
En tant qu'adjointe chargée de l'insertion par le dialogue des cultures, je souhaite oeuvrer pour que les Brestois d'ici ou d'ailleurs trouvent, chaque jour, des raisons de mieux vivre ensemble. Nous allons donc développer des politiques facilitant la reconnaissance des Brestois d'origines diverses. 2008 est, justement, l'année européenne du dialogue des cultures.
Brest est une très grande ville portuaire. On y recense une quarantaine d'associations spécialisées dans les relations ou la solidarité internationales. Il y a aussi 112 nationalités à l'université de Bretagne occidentale et plus de 35 langues parlées sur le campus de Télécom Bretagne à Plouzané.
Cette diversité ne doit pas être perçue comme problématique, mais comme une richesse. J'ai d'ailleurs accroché, sur l'un des murs de mon bureau à l'hôtel de ville, une phrase de Manu Dibango. Elle dit : « On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, ni du noir sur du noir. Chacun a besoin de l'autre pour se révéler. »
Qu'est-ce qui a poussé François Cuillandre à créer cette délégation ?
La mondialisation est partout. Notre société est de plus en plus multiculturelle. Notre ambition est de créer une nouvelle citoyenneté pour rendre harmonieuse la cohabitation urbaine. La valorisation de la diversité est le meilleur rempart face au communautarisme.
J'ai, bien sûr, déjà commencé à travailler sur le sujet. Nous sommes en train d'effectuer un inventaire - aussi précis possible - de l'ensemble des actions interculturelles existant à Brest. Ma délégation est peut-être nouvelle, mais Brest développe déjà des échanges interculturels depuis des années. Il faut les développer.
Vous parlez de valoriser la diversité culturelle. Or, cette diversité est assez peu représentée au sein du conseil municipal ?
On l'entend pourtant quand quelques conseillers échangent en breton avant le vote de certaines délibérations. Certes, très peu de conseillers municipaux sont issus de l'immigration. Mais je vais beaucoup m'appuyer sur Hosny Trabelsi, maire-adjoint de l'Europe, et Réza Salami, adjoint chargé du centre-ville.
Et puis l'interculturalité, ce n'est pas seulement le dialogue entre les cultures étrangères. C'est également celui entre les générations, entre les populations rurales et urbaines. Quand les frères Morvan tracent le sillon du festival des Vieilles charrues à Carhaix, c'est aussi de l'interculturel.
Allez-vous créer de nouveaux jumelages ?
Il s'agit moins de créer de nouveaux jumelages que de faire en sorte que tous ceux qui existent irriguent la vie économique, sociale et culturelle.
En matière d'habitat, le dialogue des cultures a encore du mal à s'imposer. Bon nombre de Brestois issus de l'immigration continuent à vivre dans les quartiers périphériques de la ville. Comment allez-vous faire changer les choses ?
Ce souci de créer de la mixité sociale dans les logements est une priorité de l'équipe Cuillandre. Il faut mélanger les habitants dans les quartiers. Les populations étrangères uniquement à la périphérie de la ville, c'est fini !
Votre délégation à l'insertion par le dialogue des cultures existe-t-elle dans d'autres villes françaises ?
Dans les grandes villes, comme Rennes et Paris par exemple, oui. Je vais donc essayer de travailler avec mes collègues élus ayant la même délégation... On n'appauvrit jamais les cultures par le métissage. J'ai un rêve : qu'une année, le Printemps des sonneurs parte du quartier de l'Europe, qu'il y ait un bagadig à Pontanézen ou des groupes de raï en centre-ville. J'espère qu'il sera exaucé.
Propos recueillis
par Yves-Marie ROBIN.
À suivre : Marc Sawicki, adjoint chargé de la Politique éducative locale.